Mariage forcé : le témoignage de Jane au Kenya

Mariage forcé : le témoignage de Jane au Kenya

À 11 ans, Jane aurait dû être à l’école. Au lieu de cela, ses oncles l’ont mariée de force à un homme d’une cinquantaine d’années.

Son enfance s’est arrêtée du jour au lendemain, brisée par un mariage qu’elle n’avait pas choisi. Aujourd’hui, Jane est de nouveau à l’école et rêve de devenir enseignante.

Son histoire est celle de millions de filles. Voici ce qui lui est arrivé, comment elle a été protégée et ce que nous faisons pour que d’autres filles échappent au même sort.

Vous cherchez à comprendre pourquoi ces mariages existent ? Découvrez notre page dédiée sur les causes et les conséquences du mariage précoce.

L’histoire de Jane, mariée de force à 11 ans au Kenya

Un mariage décidé par ses oncles

Jane vivait avec sa grand-mère, pauvre et malade. Ses oncles ont décidé de l’enlever et de la marier pour toucher la dot. Elle n’avait que 11 ans.

le témoignage de Jane mariée de force au Kenya

« J’étais en état de choc et je me sentais seule au monde, sans personne pour m’aider. J’ai pleuré et supplié mes oncles de m’épargner, mais ils n’ont pas voulu m’écouter », se souvient Jane.

Violée et maltraitée, Jane a fini par s’échapper avec sa sœur, venue lui rendre visite.

« Je ne savais pas où j’allais ni si j’allais survivre mais prendre le risque valait mieux que la souffrance que je subissais », explique-t-elle.

Une fuite, puis un signalement

Vers trois heures du matin, des bergers à la recherche de pâturages ont aperçu les deux sœurs. Ils ont immédiatement alerté le chef local.

L’affaire a été confiée à Philip, un assistant juridique. Il a été formé par le réseau World Vision à la protection de l’enfance, grâce au soutien du Fonds mondial et de la Croix-Rouge du Kenya.

Il a présenté le cas au tribunal informel de la communauté. Celui-ci a décidé de placer Jane chez un proche, dans un foyer sûr, pour qu’elle puisse poursuivre ses études.

Comment Jane a été protégée : les tribunaux locaux

Dans les zones rurales sans tribunaux officiels, ce sont des tribunaux locaux qui protègent les enfants. Le réseau World Vision a renforcé leur capacité à traiter les conflits familiaux et les affaires de protection de l’enfance. Ils secourent aussi les enfants victimes de violences.

Ces tribunaux réunissent des personnes que la communauté respecte :

  • un assistant juridique et un chef local ;
  • des anciens du village et un chef religieux ;
  • des représentants de la jeunesse, des familles et des femmes ;
  • un expert en protection de l’enfance.

Ils travaillent avec la police administrative, les tribunaux et les services publics de protection de l’enfance. Ils peuvent transmettre les affaires qui dépassent leur mandat et veillent à ce que les auteurs de violences soient traduits en justice.

« Parce que nous avons ces tribunaux locaux, nous sommes en mesure d’intervenir et de nous occuper rapidement des affaires concernant les enfants afin d’éviter des retards qui les affectent négativement »


Daniel Morijo, chef local

Que devient Jane aujourd’hui ?

Jane est à l’école et se concentre sur ses études. Elle veut maintenant protéger d’autres filles.

« Mon rêve est de devenir enseignante. Vous savez, les enseignants ont beaucoup d’influence dans ma communauté. Les gens les écoutent et ils sont respectés. Cela me permettrait non seulement d’enseigner mais aussi de sensibiliser aux droits des jeunes filles et des enfants et d’aider à les protéger contre les abus »

Mariages au Kenya : ce que disent les chiffres

L’histoire de Jane n’est pas un cas isolé, mais la situation évolue.

  • 13 % des filles kényanes étaient mariées avant 18 ans en 2022, contre 28 % en 1997 (UNICEF).
  • Fortes disparités locales : dans certaines communautés, la proportion est bien plus élevée. Une étude UNICEF de 2017 relevait 64 % chez les filles d’origine pokot (Girls Not Brides).
  • Une loi existe : le mariage avant 18 ans est interdit au Kenya, mais elle est difficile à faire appliquer, notamment dans les zones rurales isolées.
  • Dans le monde, environ 650 millions de filles et de femmes en vie aujourd’hui ont été mariées enfants, selon l’UNICEF.

Pour les chiffres mondiaux et les causes de ces mariages, consultez notre article sur le mariage précoce.

Comment protégeons-nous les filles des mariages forcés ?

bénévole de world vision accompagnant jane pour faire valoir ses droits

Dans nos pays d’intervention, nous repérons les risques de mariage d’enfants grâce à la population, aux comités de protection de l’enfance et à nos bénévoles dans les villages.

Plusieurs actions permettent d’agir vite :

  • Les Girl Power Groups : ces groupes de filles leur apprennent leurs droits et comment se protéger des violences. Leurs membres signalent les situations de maltraitance ou de mariage d’enfants qu’elles détectent autour d’elles.
  • La ligne Childline : les habitants peuvent alerter les autorités s’ils entendent parler de maltraitance.
  • La formation des habitants à la lutte contre les pratiques discriminatoires.
  • L’accompagnement des autorités locales : nos équipes aident à trouver une solution ou à empêcher le mariage. Parfois, les parents signent un accord pour ne pas marier leurs enfants. Parfois, l’enfant est placé en famille d’accueil pour sa sécurité.

Garder une fille à l’école est la meilleure façon de la protéger. Pour les solutions à plus grande échelle, lisez notre dossier sur comment mettre fin au mariage précoce.

En parrainant une fille, vous l’aidez à rester à l’école, à être protégée et à choisir son avenir.

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