Le mariage en Afghanistan : ce que le nouveau décret taliban change

Le mariage en Afghanistan : ce que le nouveau décret taliban change

En Afghanistan, le silence d’une fillette peut désormais être interprété comme un accord pour se marier. Ce n’est pas une métaphore. C’est la réalité juridique instaurée par le décret n° 18, publié le 14 mai 2026 par les autorités talibanes. Face à ce texte, l’ONU a sonné l’alarme : cette mesure constitue une violation grave et systématique du droit international des droits humains.

Qu’est-ce que le mariage en Afghanistan représente pour des milliers de jeunes filles ? Une enfance volée, une vie réduite à l’obéissance et aujourd’hui, une réalité légalisée.

Un décret qui institutionnalise le mariage des enfants

Le décret n° 18, intitulé “Code sur la séparation judiciaire des époux”, ne parle pas du mariage en apparence. Il codifie les conditions du divorce. Mais en précisant que le silence d’une fille pubère vaut consentement, et qu’elle ne peut pas demander le divorce si son mari s’y oppose, les autorités de facto ont créé un piège juridique pour les mineures.

La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a qualifié ce texte de “profondément préoccupant”. Des experts indépendants de l’ONU ont dénoncé une nouvelle étape dans l’érosion des droits des femmes et des filles afghanes, renforçant la discrimination systémique dans la loi et dans la pratique.

Ce décret marque une première : le mariage des enfants semble avoir été inscrit dans la législation afghane pour la toute première fois par les talibans.

Les chiffres du mariage précoce en Afghanistan

La situation du mariage en Afghanistan est alarmante bien avant ce décret. Voici ce que les données les plus récentes révèlent :

  • En 2023, 28,7 % des filles de moins de 18 ans étaient déjà mariées en Afghanistan (UN Women, 2025).
  • Environ 9,6 % des filles de moins de 15 ans étaient également concernées.
  • Depuis l’interdiction d’éducation imposée aux filles après 11 ans, une estimation non officielle suggère que 70 % d’entre elles auraient été poussées vers un mariage précoce ou forcé.
  • Parmi ces unions, 66 % impliquent des filles mineures.
  • En 2026, les mariages précoces devraient augmenter de 25 % supplémentaires (ONU, 2025).

Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites. Ils représentent des vies réelles, brisées avant même d’avoir commencé.

Quand l’école ferme, le mariage s’impose

Pour comprendre le mariage en Afghanistan, il faut comprendre l’effondrement de l’éducation des filles. Depuis 2021, les talibans ont fermé les écoles aux filles dès l’âge de 11 ans. Résultat : 2,5 millions de filles et de jeunes femmes afghanes en âge d’aller à l’école ne sont plus scolarisées.

Sans éducation, sans perspective d’emploi, sans liberté de mouvement, les familles en situation de grande pauvreté voient souvent dans le mariage précoce une solution économique. L’exclusion des femmes de la vie publique coûtera au pays environ 920 millions de dollars entre 2024 et 2026 (ONU Femmes, 2025). Et ce sont les filles qui paient le prix le plus lourd.

L’éducation est la principale arme contre le mariage forcé. En Afghanistan, on la leur a retirée.

Les conséquences du mariage pour ces filles

Le mariage précoce en Afghanistan n’est pas qu’une question de droit. C’est une catastrophe sanitaire, sociale et économique, avec de graves conséquences :

Sur la santé

Les grossesses précoces explosent (+45 % attendus d’ici 2026). La mortalité maternelle devrait augmenter de 50 %. Le Centre afghan des droits humains rapporte que de nombreuses victimes de mariages précoces subissent des violences domestiques et une profonde détresse psychologique. Une jeune fille de 15 ans est décédée dans la province de Daikundi après avoir subi des violences de la part de son mari.

Sur l’éducation

Une fille mariée ne va plus à l’école. Ses enfants grandissent sans mère éduquée. Le cycle se perpétue sur plusieurs générations.

Sur la société

Environ 80 % des suicides en Afghanistan concerneraient des femmes et des filles, selon les données disponibles.

Pour mieux comprendre les mécanismes à l’oeuvre, consultez notre article sur les causes et conséquences des mariages précoces.

Ce que World Vision fait pour ces filles en Afghanistan

Face à cette réalité, World Vision ne reste pas sans agir. Partout où nous pouvons intervenir, nos équipes soutiennent les communautés les plus vulnérables : accès à l’éducation, protection de l’enfance, soutien aux familles en situation de pauvreté extrême.

Changer les mentalités dans un pays où 99,8 % de la population est musulmane ne se fait pas par décret. Cela se fait dans la durée, dans la confiance, et au plus près des communautés. C’est exactement l’approche que World Vision applique en Afghanistan depuis 2001.

Grâce à la méthodologie des Canaux de l’Espoir, nos équipes travaillent avec des mollahs pour faire émerger, depuis l’intérieur même des textes sacrés, les valeurs de respect et de protection des femmes et des enfants. Le Coran appelle à de multiples reprises les hommes à respecter les droits des femmes. Ce sont ces passages que les ateliers mettent en lumière, avec les représentants religieux eux-mêmes comme acteurs du changement.

Ces sessions réunissent femmes et hommes pour identifier et mettre en place des actions concrètes en faveur des droits des femmes. Résultat : des femmes ont pu ouvrir un compte bancaire, gérer leurs propres activités économiques, et faire entendre leur voix dans leurs communautés. Ce projet, soutenu par l’Union européenne, prouve qu’un autre avenir est possible, même dans les contextes les plus fragiles.

Car c’est cela, la conviction de World Vision : les changements positifs pour les femmes le sont également pour leurs enfants, et pour la société tout entière.

L’histoire d’Esin, 13 ans : son mariage évité grâce à sa communauté

Esin a appris qu’elle allait être mariée en surprenant son père au téléphone. Il l’avait vendue pour 8 000 dollars lorsqu’elle avait 13 ans.

“Quand j’ai entendu mon père faire ces arrangements, j’ai pleuré. Je suis allée voir ma mère et je lui ai dit : je ne veux pas me marier. Je savais que dans ce village il n’y aurait ni école ni avenir pour moi.”

Sa mère Shakib participait aux groupes de changement communautaire organisés par World Vision. Elle y avait appris les conséquences physiques et psychologiques du mariage précoce, et que sa fille avait le droit de refuser. Elle a d’abord demandé seule à son mari d’arrêter, mais il a refusé. Sans emploi et malade, il voyait dans le prix de la mariée une solution à leurs difficultés financières.

Esin et sa mère se sont alors tournées vers le groupe communautaire. Pendant près d’un mois, les membres du groupe, aux côtés des anciens de la communauté, ont convaincu le père. Le mariage a finalement été annulé.

Aujourd’hui, Esin est toujours à l’école. Elle veut devenir médecin ou ingénieure. Et elle partage son histoire dans les sessions du groupe pour encourager d’autres filles à défendre leurs droits.

“Je veux être une porte-parole pour les filles. Je dis à mes amies ce qui s’est passé, pour qu’elles sachent qu’elles ont le droit de ne pas se marier. J’espère que toutes les filles afghanes pourront aller à l’école et utiliser leurs talents pour construire ce pays.”

(*Prénom modifié pour protéger l’identité de l’enfant)

FAQ sur le mariage en Afghanistan

Qu’est-ce que le mariage précoce en Afghanistan ?

Le mariage précoce en Afghanistan désigne toute union impliquant une fille de moins de 18 ans. Sous le régime Taliban, il est alimenté par la pauvreté, la fermeture des écoles et désormais légitimé par le décret n° 18 de mai 2026, qui considère le silence d’une fille pubère comme un consentement au mariage.

Combien de filles sont touchées par le mariage forcé en Afghanistan ?

En 2023, 28,7 % des filles de moins de 18 ans en Afghanistan étaient mariées (UN Women, 2025). Depuis l’interdiction scolaire imposée aux filles, certaines estimations indiquent que jusqu’à 70 % d’entre elles auraient été orientées vers un mariage précoce ou forcé.

Pourquoi l’ONU condamne-t-elle le nouveau décret Taliban sur le mariage ?

Le décret n° 18 des Taliban, publié en mai 2026, assimile le silence d’une fille pubère à un consentement au mariage et rend le divorce impossible si le mari s’y oppose. L’ONU le qualifie de violation grave et systématique du droit international des droits humains.

Quel est le lien entre éducation et mariage précoce en Afghanistan ?

Depuis 2021, les talibans ont interdit l’école aux filles dès 11 ans. Privées d’éducation et de perspectives, elles deviennent des proies faciles pour le mariage précoce. L’éducation est reconnue internationalement comme le premier rempart contre les unions forcées.

Comment aider les filles afghanes ?

Soutenir des organisations comme World Vision permet de financer des programmes d’éducation, de protection de l’enfance et d’accompagnement des familles vulnérables dans les zones de crise. Chaque geste compte.

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