Réfugié climatique : comprendre les déplacements forcés
En 2023, plus de 26 millions de personnes ont été déplacées dans le monde à cause de catastrophes naturelles liées au climat, selon l’IDMC.
En 2020, les conséquences du changement climatique étaient la principale cause de déplacements internes des populations dans le monde, avant même les conflits. Réfugiés écologiques, climatiques, ou déplacés environnementaux, de nombreux termes désignent ces populations obligées de migrer pour des raisons environnementales.
L’ONG World Vision est engagée depuis de nombreuses années dans l’assistance et la protection des réfugiés et des enfants à travers le monde. En étroite collaboration avec les communautés locales, les autorités et avec le Programme Alimentaire Mondiale (PAM), nous mettons en œuvre divers projets visant à répondre aux besoins des réfugiés et à améliorer leur situation.
Dans le domaine de l’aide d’urgence, notre priorité est d’assurer aux réfugiés un accès immédiat à de l’eau potable, à des abris temporaires, à des installations sanitaires et à une assistance médicale. Nous fournissons également une aide alimentaire d’urgence pour répondre aux besoins nutritionnels des réfugiés, en particulier ceux qui sont les plus vulnérables, tels que les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.
En parallèle, nous nous attachons à promouvoir l’accès à l’éducation pour les enfants réfugiés. Nous savons que l’éducation est un outil essentiel pour leur permettre de se reconstruire et de développer leurs compétences malgré les circonstances difficiles.
Au sein de World Vision France, notre objectif est d’apporter un soutien complet, tant matériel que psychologique aux réfugiés, en leur offrant des opportunités pour reconstruire leur vie.
Chaque année, des millions de personnes quittent leur foyer. Non pas à cause d’une guerre ou d’une persécution politique, mais parce que leur territoire devient inhabitable. Inondations soudaines, sécheresses prolongées, montée des eaux : le changement climatique redessine la carte des migrations mondiales.
Ces personnes, on les appelle les réfugiés climatiques. Qui sont-ils vraiment ? Quels droits ont-ils ? Et comment les protéger ?
Qu’est-ce qu’un réfugié climatique ?
Le terme de réfugié, défini par la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, désigne toute personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle, et qui craint, avec raison, d’être persécutée du fait de son appartenance communautaire, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques et ne peut ou ne veut demander la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte.
Les personnes fuyant leur pays pour se protéger d’un danger, à différencier des migrants économiques, doivent demander le statut de réfugié au pays qui les accueille. Ces demandeurs d’asile sont alors juridiquement protégés le temps de leur demande et à l’obtention du statut de réfugié.
Les réfugiés climatiques, eux, n’ont pour le moment, aucun statut juridique légal. Alors que les motifs politiques et religieux sont largement pris en compte dans les dossiers de demandes d’asile, le motif environnemental ne permet pas d’obtenir le droit d’asile.
En effet, la Convention de Genève de 1951, statuant le cas des réfugiés, a été établi à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, afin de protéger les populations persécutées dans leur pays d’origine, notamment en raison des conséquences de la guerre. Les effets du changement climatique n’étaient alors pas une priorité ni une problématique majeure dans la société. Ce vide juridique empêche aujourd’hui de nombreux réfugiés d’être protégés et d’obtenir des droits.
Le terme « réfugié climatique », ou parfois « déplacés environnementaux », est cependant utilisé de manière symbolique pour désigner les personnes qui se déplacent, volontairement ou sous la contrainte, en raison de phénomènes météorologiques extrêmes menaçant leur vie et leur mode de vie.
Inondations, sécheresse, typhons, des millions de personnes ont déjà dû se déplacer dans le monde à cause des effets du changement climatique. Cependant, contrairement au statut de réfugié, le terme de réfugié climatique désigne aussi bien les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays que les personnes migrant à l’étranger.
Le flou juridique : le statut de réfugié climatique face au droit international
Voici une réalité qui surprend beaucoup de gens : les réfugiés climatiques n’ont, à ce jour, aucun statut juridique reconnu en droit international.
La Convention de Genève de 1951, qui définit le statut de réfugié, protège les personnes persécutées pour des motifs raciaux, religieux, politiques ou liés à leur nationalité. Elle ne couvre pas les déplacements liés à l’environnement ou au climat.
Ce vide juridique a des conséquences concrètes et dramatiques :
- Les réfugiés climatiques ne peuvent pas demander l’asile en invoquant le changement climatique.
- Ils ne bénéficient d’aucune protection internationale automatique.
- Leur retour forcé vers un territoire inhabitable est légalement possible.
En 2020, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a posé un premier jalon historique. Dans l’affaire Teitiota c. Nouvelle-Zélande, il a reconnu que renvoyer une personne dans un pays où le changement climatique menace sa vie pourrait constituer une violation du droit à la vie. Ce n’est pas encore un statut, mais c’est une avancée.
Des organisations internationales comme le HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) plaident pour une extension du droit international qui reconnaisse et protège ces migrations. La France et l’Union européenne sont régulièrement interpellées sur ce sujet.
Les principales causes des migrations et déplacements climatiques
Les facteurs qui poussent des populations entières à fuir leur environnement sont multiples. On les regroupe en deux grandes familles.
Catastrophes soudaines : inondations, tempêtes et typhons
Les événements météorologiques extrêmes constituent la première cause de déplacements climatiques dans le monde. Selon l’Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC), ils représentent plus de 95 % des déplacements liés aux catastrophes naturelles chaque année.
Parmi les catastrophes les plus dévastatrices :
- Les inondations, notamment en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne.
- Les typhons et cyclones, qui frappent régulièrement les Philippines, le Bangladesh ou Madagascar.
- Les glissements de terrain, souvent consécutifs à des pluies intenses.
Ces événements détruisent en quelques heures des maisons, des récoltes, des infrastructures entières. Les populations n’ont souvent que quelques minutes pour fuir.
Dégradation environnementale lente : sécheresse et montée des eaux
D’autres migrations s’opèrent lentement, au fil des saisons et des années. Ce sont les « déplacements lents », souvent moins visibles mais tout aussi dévastateurs :
- La sécheresse rend les terres agricoles improductives et prive des communautés entières de leur source de revenus.
- La désertification avance en Afrique subsaharienne, réduisant les zones cultivables.
- La montée des eaux menace directement des îles et des zones côtières comme le Bangladesh, les Maldives ou les îles Tuvalu.
- La salinisation des sols détruit les cultures dans les deltas fluviaux.
Ces phénomènes lents poussent des populations à migrer progressivement, souvent sans qu’on puisse identifier un moment précis de départ.
D’après les estimations du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le niveau des mers pourrait augmenter de 43 centimètres environ d’ici 2100 si les températures n’augmentent pas de plus de 2°C. Cette situation pourrait également provoquer le déplacement de 280 millions de personnes dans le monde.
Statistiques et nombre : combien de réfugiés climatiques aujourd’hui ?
Au cours de la dernière décennie, les événements météorologiques ont déclenché en moyenne 21,5 millions de nouveaux déplacements chaque année selon l’UNHCR. C’est plus de deux fois plus que les déplacements causés par les conflits et la violence.
L’Asie du sud et du sud-est sont parmi les régions les plus touchées par ces mouvements de population causés par une intensification des typhons, inondations et cyclones dans des pays comme l’Indonésie, les Philippines, l’Inde, ou encore le Bangladesh. Le continent africain est particulièrement touché par la sécheresse et les inondations.
Les continents européen et américain ne sont pas non plus épargnés par le dérèglement climatique. Un phénomène qui touche par exemple les États-Unis, et plus particulièrement le village de Newtok en Alaska dont la population a été obligée de déménager en raison du dégel des sols arctiques et de l’érosion. Le pays a également subi des incendies d’une rare violence. En 2020, 100 000 Californiens ont dû quitter leurs habitations lors d’importants incendies de forêt.
Très peu de déplacés environnementaux quittent leur pays. La plupart d’entre eux s’installent dans des villes ou villages proches de leur lieu d’origine, parfois tout aussi exposés aux risques de catastrophes naturelles. En 2020, le nombre de déplacés internes étaient deux fois plus important que le nombre de réfugiés ayant traversé une frontière.
Géographie de l’exode : quels sont les territoires les plus touchés ?
La crise des réfugiés climatiques est une problématique mondiale, mais qui touche les régions du globe de manière inégale. Certaines zones, par leur géographie, leur climat ou leur fragilité socio-économique, sont particulièrement exposées aux catastrophes climatiques :
- Afrique subsaharienne : en 2050, la région pourrait compter 86 millions de migrants climatiques internes selon la Banque Mondiale. Cette partie du globe est notamment touchée par les sécheresses.
- Asie du Sud et du Sud-Est : la région est l’une des plus touchées par les catastrophes climatiques, avec des dégâts considérables notamment au Bangladesh, en Inde, aux Philippines et en Indonésie.
- Moyen-Orient : les populations sont principalement touchées par les inondations et les tremblements de terre. Plus de 5 millions de personnes ont été déplacées suite au tremblement de terre qui a eu lieu Turquie et en Syrie en 2023.
- Amériques : les ouragans et incendies, notamment aux États-Unis et au Canada, provoquent chaque année de nombreux déplacements de population.
L’Europe n’est pas non plus épargnée puisque ces dernières années de violentes inondations et d’importants incendies se sont déclarés dans plusieurs pays du continent comme en Grèce, en France ou encore en Espagne.
Les enjeux humains et sociaux : des communautés en grande détresse
Défis humanitaires
Les catastrophes climatiques auxquelles sont confrontées les populations provoquent d’importants dégâts dont les conséquences sont nombreuses. Face à la perte de leur habitat et de leurs moyens de subsistance, les victimes de ces catastrophes sont souvent contraintes de fuir leurs terres et se retrouvent déracinées, en proie à des situations très précaires. Fragilisés et souvent sans statut légal, les déplacés climatiques ont un besoin urgent d’accès à l’eau, à la santé et à l’hébergement.
Il est cependant souvent compliqué de répondre aux besoins de toutes les personnes déplacées et de nombreux pays d’accueil peinent à faire face à cette affluence soudaine. Pour les populations déplacées, l’intégration et la reconstruction sont difficiles et les risques sont nombreux : les réfugiés sont notamment plus vulnérables aux maladies, à la malnutrition ou encore à la détresse psychologique.
Pressions géopolitiques
Les déplacements de populations en raison de catastrophes climatiques accentuent les tensions géopolitiques, tant dans les pays d’origine que dans les pays d’accueil. En quittant leurs terres, les travailleurs privent leur pays dune main-d’œuvre précieuse et fragilisent l’économie sur place. Cette situation économique bancale peut également aggraver la situation politique si celle-ci est déjà instable.
Dans les pays d’accueil, l’arrivée massive de réfugiés représente souvent une crise difficile à gérer, provoquant parfois des tensions politiques et sociales, voire la montée de discours xénophobes au sein de la population.
À l’échelle internationale, l’absence de cadre juridique pour les réfugiés climatiques complique leur prise en charge ainsi que le partage des responsabilités.
Inégalités climatiques
Les effets du changement climatique touchent d’abord les populations les plus pauvres et les plus dépendantes de la nature. Les agriculteurs sont par exemple parmi les premières victimes des catastrophes comme la sécheresse ou les inondations, notamment dans les pays du sud. Ces pays, particulièrement touchés par les aléas climatiques, ont pourtant une moindre part de responsabilité dans cette crise climatique mais en subissent directement les effets.
L’impact sur les zones d’accueil : des bidonvilles aux réfugiés internationaux
Les populations qui migrent se retrouvent souvent dans des situations de grande précarité dans les zones d’accueil. En milieu urbain, l’afflux de déplacés climatiques alimente la croissance des bidonvilles, comme à Dhaka, Lagos ou Karachi.
Les conséquences pour les pays et villes d’accueil :
- Pression sur les ressources : eau, logement, nourriture, services de santé.
- Tensions sociales entre populations locales et déplacés.
- Saturation des camps de réfugiés gérés par les agences onusiennes.
- Risques d’apatridie pour les populations dont le pays d’origine disparaît (cas des États insulaires).
À l’échelle internationale, les flux migratoires climatiques bouleversent les politiques d’immigration en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. La France est directement concernée par ces dynamiques, notamment via ses territoires d’outre-mer exposés aux cyclones et à la montée des eaux, mais aussi comme pays de destination pour des migrants d’Afrique et du Moyen-Orient en partie poussés par le changement climatique.
Les solutions pour protéger et accompagner la migration climatique
Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, on compterait 143 millions de déplacés climatiques internes en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Amérique latine d’ici à 2050.
Limiter les effets du changement climatique paraît donc indispensable pour freiner l’intensification des événements climatiques destructeurs. Car même si le réchauffement climatique est un phénomène qui peut s’expliquer par des raisons naturelles, la rapidité à laquelle il s’intensifie est bien une conséquence directe des activités humaines sur terre qui dérèglent le climat de manière démesurée.
Besoin d’un cadre juridique international
La question d’un statut juridique international protégeant les droits des réfugiés climatiques doit également être une préoccupation centrale pour faire face aux vulnérabilités provoquées par les bouleversements climatiques actuels et à venir. En janvier 2020, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a notamment appelé les différents pays à faire preuve de plus d’ouverture quant aux migrants touchés par les effets du changement climatique demandant le droit d’asile.
Accéder à un statut de réfugié climatique permettrait à chacune des victimes de catastrophes d’être mieux protéger et de se reconstruire dans les conditions les plus favorables.
Mobilisation citoyenne et solidarité internationale
La mobilisation est essentielle tant à l’échelle locale qu’internationale. De nombreuses associations, à l’image de World Vision, agissent au quotidien pour protéger les enfants victimes de ces catastrophes et aider les réfugiés climatiques. Qu’il s’agisse d’accueillir des personnes réfugiées, de sensibiliser son entourage, ou d’agir directement sur le terrain via des ONG, de nombreuses actions peuvent être mises en place pour éviter que la situation ne s’aggrave.
L’action indispensable de World Vision France auprès des déplacés climatiques
World Vision France intervient depuis des décennies dans les pays les plus exposés aux effets du changement climatique. Notre approche est globale : nous agissons à la fois sur les causes (renforcement de la résilience des communautés) et sur les conséquences (aide d’urgence, reconstruction, protection de l’enfance).
Nos actions d’adaptation locale et de prévention
Il est aussi urgent d’aider les populations à s’adapter face aux événements climatiques et à développer des activités économiques respectueuses de l’environnement. Via ses programmes de parrainage, World Vision France accompagne l’ensemble des populations vers un développement plus durable et soutient la mise en place de projets écologiques et économiques plus résilients face au climat.
Le projet de RNA (Régénération Naturelle Assistée) mené par World Vision, permet notamment d’apporter notre aide humanitaire en restaurant les terres dégradées grâce à la repousse naturelle des arbres existants. Les agriculteurs sont ainsi formés à élaguer et gérer les jeunes pousses afin de lutter contre la désertification et améliorer la sécurité alimentaire. Ce projet, actuellement mis en œuvre en Ouganda, vise à régénérer plus de 573 000 hectares dans le pays et à former des milliers de personnes à cette méthode simple, peu coûteuse et durable.
Nos axes d’intervention auprès des populations déplacées :
- Aide d’urgence : distribution alimentaire, kits d’hygiène, abris temporaires lors des catastrophes naturelles.
- Résilience agricole : accompagnement des agriculteurs vers des pratiques adaptées aux nouveaux contextes climatiques.
- Accès à l’eau : construction de puits et systèmes d’irrigation dans les zones touchées par la sécheresse.
- Protection de l’enfance : soutien psychosocial, maintien de la scolarisation, prévention des violences faites aux enfants déplacés.
- Plaidoyer international : World Vision porte la voix des déplacés climatiques auprès des instances onusiennes et des gouvernements.
Concrètement, en 2023, nos équipes ont accompagné des communautés déplacées au Sahel, aux Philippines, au Bangladesh et en Afrique de l’Est, touchées par des sécheresses et des cyclones d’une intensité record.
Vous pouvez agir dès aujourd’hui. En parrainant un enfant dans l’une de ces régions vulnérables, vous contribuez directement à renforcer la résilience de toute une communauté face aux bouleversements climatiques. Chaque geste compte pour que ces enfants puissent grandir chez eux, en sécurité.
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